http://tempsperdu.over-blog.org/article-2039241.html
Après être tombé là dessus grâce à un ami gros branleur qui a eu la riche idée de me passer l'adresse du site, il m'est apparu, dans une ébouissante clarté que en chacun de nous sommeille un gros branleur.
Alors oui, bien sûr, vous allez me dire :"Roh lui eh, c'est même pas vrai, moi je surveille mes actions sur internet, mon patron me tapotte la tête tous les matins devant la machine à café, j'ai 3 gosses que j'ai eu avec ma deuxième femme, je m'essuie la bistouquette avec un morceau de PQ après avoir fait pipi (authentique !), je lis le monde et le figaro, je me suis acheté le dernier Ipod et j'écoute du Texas en allant au boulot dans ma benz benz benz etc..."
Ou alors, d'autres me répondront : "Nan mais dans la vie, il faut des idéaux, il faut se battre pour la paix, la justice et l'équité, il est du devoir de chacun de nous de faire un monde meilleur, sans patrons, un monde de nourriture saine et equilibrée, un monde rempli de femmes aux cheveux courts, d'écharpes multicolores dansant un ballet flamboyant devant les théâtres gratuits, un monde de lunettes à montures épaisses, carrées et noires, un monde d'hommes moustachus vêtus de pantalons de velour cotelé et de gilets fourrés de laine de mouton."
OUI MAIS :
sachez que quoi que vous fassiez, la bête sommeille en vous. Après, il ne tient qu'à vous de la réveiller ou non, de l'apprivoiser ou bien de lui laisser le champs libre.
Ce matin par exemple, j'ai entendu le cri terrifiant de celle-ci, un hurlement profondément humain venu du fond des âges (doublé de la sonnerie du réveil, ça fait très mal).
Et un chant impérieux s'est taillé un chemin dans mon crâne, jusqu'au tréfond de mon être, un chant lancinant qui me disait :
"Aujourd'hui, tu sera mon jouet. Aujourd'hui, tu sera un gros branleur, Pluton."
Bref, j'ai vu la lumière.
C'est pour cela que je vous écris ceci. Pour que vous sachiez ce qui peut vous arriver à n'importe quel moment, et pour vous en indiquer les symptômes.
Tout d'abord, le réveil du gros branleur est une épreuve de force, que dis-je, un exploit qui nécessite un matériel conséquent et bien disposé.
En effet, il y a une distinction profonde à faire entre le gros branleur et le fainéant, ou encore le vrai looser (sans, bien sûr, établir un quelconque jugement de valeur ): le gros branleur n'est pas au chômage. Le gros branleur n'est pas forcément célibataire (j'y reviendrais plus tard) et, plus important que tout : le gros branleur cache sa vraie nature au monde qui l'entoure. La bête vit dans l'ombre, et ne se montre aux mortels qu'en des occasions particulières.
Le réveil, donc, est une étape primordiale de la journée du gros branleur. Nous allons prendre l'exemple de celui qui embauche à 9h et qui habite à 20 minutes de son lieu de travail. Pour réussir un bon réveil de gros branleur il faut :
- Un radio-réveil réglé à 7h45 sur la fréquence d'une radio "musicale" qui diffuse une musique insuportable (Chérie FM est un bon exemple).
- Une montre qui fait "bîp bîp", réglée sur 7h50
- Un bon gros réveil des familles avec des cloches énormes et une sonnerie retentissante, réglé sur 8h00, posé sur le sol, A MINIMUM 2 METRES DU LIT DU GROS BRANLEUR.
La scène se déroule ainsi :
-A 7h45, le radio-réveil commence à entonner une chanson langoureuse, à l'extrême limitte du seuil de tolérance de la daube (genre Florent Pagny ou Patrick Bruel), le gros branleur se contente de faire "grumpf" et de se retourner dans son lit.
-A 7h50, la montre sonne et permet, par un contraste saisissant avec la musique de Chérie FM, d'indiquer au gros branleur qu'on est le matin et que c'est de la daube qui passe à la radio, mais bon, c'est pas ca qui va lui faire bouger la main pour éteindre le réveil.
Déjà, là, y'a une certaine tension dramatique dans l'esprit du gros branleur : il commence à savoir qu'il y a un gros réveil à cloches tapis quelque part dans la pénombre de la chambre.
Il le sait, mais ce n'est qu'au moment où ce dernier réveille tout l'immeuble d'une sonnerie à faire passer la sirène d'alarme d'un sous-marin nuclaire pour une boîte à musique jouant "somewhere over the rainbow" que le gros branleur giclera de son plumard pour chopper ledit réveil et lui faire un sort.
A ce stade là, le gros branleur est déjà levé (d'où l'importance du réveil placé hors de portée du dormeur).
Pour le gros branleur, l'étape suivante consiste à retourner se coucher pour profiter juste une dernière minute de la chaleur des couverture
Un quart d'heure après, le gros branleur se re-réveille en sursaut et gromelle : "et m****, tain j'ai encore abusé, pfffff, fais ch****, c'est toujours pareil, j'en ai marre, demain je mets mon réveil plus tard, ca sert à rien de se réveiller avant etc..."
C'est à partir de cette étape cruciale que la distinction entre les espèces différentes de gros branleurs se fait :
- Le gros branleur geek : Premier réflexe, allumer l'ordinateur. Le vrai geek, lui, coupe son winamp-plug-in-alarm qui l'a réveillé.
- Le gros branleur célibataire : Premier réflexe, se gratter vigoureusement l'entrejambe en grognant avant d'aller tirer la chasse afin d'évacuer l'urine présente dans les toilettes depuis 2H du matin (c'était pour pas réveiller son voisin avec le bruit de la chasse d'eau, le gros branleur respecte son entourage... pour qu'on lui foute la paix).
- Le gros branleur en couple : Premier réflexe, entrouvrir délicatement la couette afin d'expulser discrètement certains gazs nocif hors du lit conjugal, faire un bisou à sa compagne pour dissimuler les traces de son forfait sous une haleine fétide, le temps que l'air se purifie, puis trouver le moyen de faire taire sa nenette/femme, qui est déjà en train de parler, nan mais c'est vrai, quoi, enfin !
On remarquera que c'est la position du gros branleur en couple qui exige le plus parfait équilibre entre la bête et l'humain afin de passer incognito. Trèèèès subtil.
Dans tous les cas, le petit déjeuner se fait dans l'obscurité, et en tirant la tronche comme c'est pas permis.
A partir de là, tout s'enchaine, il est déjà 8h30 et le gros branleur doit prendre sa douche, s'habiller, prendre ses affaires et partir au métro pour être au taf à 9h.
A 8h58 pétantes, le gros branleur ferme la porte de son appartement et s'aperçoit qu'il a encore oublié sa bouffe du midi à l'intérieur.
A 8h59, le gros branleur part enfin de chez lui et, jettant un rapide coup d'oeuil à sa montre, déclare :
- "Ah cool, je suis pas en retard !"
Arrivé au travail à au moins 9h15, c'est là que tout va se jouer et que la principale aptitude du gros branleur entre en jeu : le bluff.
Traversant le hall de son lieu de travail en direction de la salle de pause du personnel (
), le gros branleur, dans un souci permanent de crédibilité, adopte une démarche décidée et un regard expressif...
...afin de faire croire qu'il est là depuis un moment, mais que cette saleté d'ascenseur a encore mis une heure avant d'arriver.
Une fois sa bouffe déposée dans le frigo, il est temps de se mettre à trava...
non, je ne peux pas le dire, c'est trop violent. C'est vrai, quoi, y'a des jeunes qui peuvent lire ca.
Le gros branleur moderne s'est forcément dégotté un trav... euh, emploi nécessitant l'usage d'un ordinateur. Même le gros branleur non-geek sait que les tâches les plus importantes de sa journées consistent à cliquer alternativement sur deux petites images, une avec des bonhommes bleus
et une avec un E bleu
La seule tâche annexe consiste à lancer un document word, excel ou autre, permettant de faire illusion... enfin à peu près, sinon votre supérieur risque d'être furax :
Après une rapide lecture des mails, des réponses moins rapides et une brève discussion avec un autre bonhomme bleu (les shtroumpf doivent vraiment être des sacré gros branleurs, toujours à rien branler en buvant de la salsepareille), il est temps de prendre sa pause et de retourner à l'espace détente pour boire un café, toujours en reprenant un air sérieux (cf fig. au dessus).
Bien évidemment, le gros branleur n'a jamais de monnaie sur lui et taxe donc largement son entourage pour se payer ce fameux breuvage que sait savent si bien nous concocter les machines à café des espaces détente
mmmh, hin hin hin
Alors bien sûr, vous allez me demander comment ça se passait dans les temps immémoriaux, les sombres ères où l'informatique et même la machine à café n'existaient pas.
Eh bien le gros branleur préhistorique, c'était le p'tit malin qui était chargé de casser les cailloux pour faire des éclats tranchants, que la boîte d'armement du coin transformait en fleches, javelots et autres couteaux. Ahaaaa, vous, bêtement, vous avez appris à l'école que c'etait un boulot vachement compliqué, qu'il fallait asssurer grave en géométrie et en physique des solides !
Mais nooon ! Déjà, le gros branleur préhistorique, il se faisait pousser les poils et les cheuveux trèèès très long afin de dissimuler ses faits et (non-)gestes derrière une masse capillaire hirsute. Ensuite, bien callé contre une grosse pierre, il ronflait toute la journée. Et quand les chasseurs du village, bien remontés à grandes outres de liqueur de racines, partaient au mammouth (l'animal, pas le supermarché hein), le ptit malin chevelu s'envoyait toutes les bonnes femmes de ces joyeux pochtrons sur des paillasses, elles-même posées sur les cailloux qu'un stagiaire était chargé de lui ramener. A force de frottements et d'usure, les cailloux prenaient forme, et en se demmerdant pas trop mal pour en lâcher un tous les jours, il passait pour l'homme important de la tribu, et lui était attribué ce nom prestigieux de "Chu Glandu" : "celui qui connaît l'âme des pierres".
Le gros branleur au moyen âge, ben c'était le troubadour, qui avait appris 3 accords de luth et qui improvisait des paroles débiles (cf le troubadour de Kaamelott, ils décrivent mieux que moi
)
Vous l'avez bien compris, le gros branleur a un taux de productivité proche du néant. Mais ne vous y fiez pas, les gros branleurs sont nombreux parmis nous, et on peut même affirmer qu'il sont indispensables à la société :
Déjà, comme le souligne Gro_loup ci-dessous, c'est lui qui va permettre aux autres gros branleurs de rien branler de manière agréable (la solidarité entre gros branleurs est trèèès importante, j'y reviendrais par la suite).
De plus, le gros branleur est celui qui va réguler le flux de l'utilité et ainsi sauvegarder l'équilibre entre les grandes forces cosmiques qui régissent l'univers : l'energie cinétique et la force d'inertie.
Essayez donc de calculer la quantité d'énergie que dégagent : la combustion des soleils, la fonte des glaces, les moteurs diesels, les représentants de commerce, les manifestants, le sabro-laser d'Obi wan Kenobi, les efforts de Laurent Baffie pour être drôle, ceux de Jeanne pour sortir avec Serges et tous les doigts qui tapent des textos, et vous vous rendrez compte que la mobilisation des gros branleurs n'est pas de trop pour contrebalancer tout ce mouvement grâce à l'union des forces d'inertie que représente chacun des gros branleurs.
Là, par exemple, avec ce que j'ai branlé ce matin, une centrale nucléaire peut tourner à plein régime pendant un mois sans créer de perturbation dans l'ordre cosmique.
Mais plus qu'un devoir, le gros branlisme est une attitude, un art de vivre, une façon d'être, une philosophie.
Cependant attention, cette philosophie se doit de rester discrete, et les instincts des gros branleurs sont condamnés à rester dans l'ombre. Les baskets de clodo (ou même les pantoufles pour les hardcore branleurs), les baggys sur les chevilles ainsi que le gros pull en laine de lama péruvien ne doivent absolument pas sortir du domicile du gros branleur, sous peine que celui-ci se fasse griller et devienne un banal fainéant ou looser.
A éviter également : les tenues trop voyantes, trop flashy, qui pourraient vous faire repérer...
... ou tout simplement vous faire passer pour un con.
Mais revenons-en aux "activités" du gros branleur en milieu hostile... il faut bien trouver quelque chose pour meubler les entre-pauses. Internet et les forums sont là pour ça (la preuve
) et le gros branleur rigole bien lorsqu'il voit les pubs IBM "business on demand" :lol:
L'important, là encore, c'est de maintenir l'anonymat, car un gros branleur grillé n'est plus bon à rien.
Mais bon, le vrai gros branleur, celui qui a la classe intégrale, c'est quand même celui qui flambe un minimum :
- Bureau perso et éloigné du reste du personnel
- Musique sur l'ordinateur ( mettre du bourrin c'est la classe totale :sol: )
- Téléphone.
- Un forum ouvert, MSN, web-radio en route sans écouteurs.
Tabac :
Le gros branleur, s'il ne fume pas, traîne TOUJOURS avec des fumeurs, et si possible des gros fumeurs. En effet, la pause midi du gros branleur arrive sans effort à atteindre 2H avec une clope avant manger et 2 après (au moins).
De même, le gros branleur se fait toujours des plats à réchauffer pour le boulot : avec un temps de préchauffage optimal, on gagne facile 10 min de préparation de bouffe, surtout s'il y a la queue aux micro-ondes.
Le gros branleur arrive donc à voir défiler toutes les vagues des gens qui viennent manger, de 12H30 à 14H15, ce qui lui permet d'avoir plein de trucs à observer et à raconter à ses amis fumeurs, histoire de faire durer encore un peu la pause déjeuner.
Le gros branleur, l'air de rien, est donc un observateur attentif de ce qui l'entoure, même si parfois il reste perplexe devant l'agitation perpetuelle du monde extérieur.
[la suite un peu plus bas]
Message édité par Pluton le 13-03-2006 à 19:57:13
---------------
<=Fear Shodan. System Shock 2 inside=>
"I have graven it within the hills, and my vengeance upon the dust within the rock".
-Arthur Gordon Pym- Edgar Allan Poe.
Fédération internationale des gros branleurs
/ Membre du Plussoieband™