Site de Marcus: marcus.canalserveur.com
Message de Marcus 1ere Partie:
"Que s´est t´il passé à Game One pour que toute l´équipe en arrive à quitter la chaîne ?
C´est difficile et long à expliquer, mais je vais essayer quand même...
Pour ceux qui seraient pressés ou qui auraient la flemme de rentrer dans les détails, rendez-vous à la fin de ce texte pour une explication en deux lignes très caricaturale baptisée "L´explication à deux balles" qui permet de comprendre la situation en deux secondes mais qui, du coup, manque franchement d´impartialité (certains esprits chagrins appelleront même sans doute ça de la mauvaise foi).
Pour les autres, accrochez-vous, on y va ...
Pour simplifier, Game One a été créée conjointement par Canal Plus et Infogrames, le célèbre éditeur de jeux, qui finançaient chacun la moitié de la chaîne.
Les difficultés financières de Canal Plus ces derniers temps ont fait que Canal nous a lâché avant la rentrée de septembre et qu´Infogrames, ou plus exactement Bruno Bonnel, son président, s´est retrouvé pratiquement tout seul pour nous financer (il est l´actionnaire principal de la chaîne), ce qui est à priori plutôt courageux de sa part...
Résultat, au début de l´année, le budget de la chaîne a été réduit d´environ 40% ce qui est énorme. Il nous a donc fallu continuer à assurer les programmes avec la moitié du budget de l´année d´avant.
Beaucoup de gens de Game One sont partis ou ont été licenciés (on a vu partir avec beaucoup de tristesse plus de la moitié de l´équipe en quelques mois) à commencer par Nathalie, la directrice de la chaîne, et Rodolphe, notre rédacteur en chef, qui a senti tout de suite le danger pour l´indépendance éditoriale de la rédaction et a préféré partir plutôt que de "collaborer".
Le matériel dont on disposait (caméras, bancs de montages, etc.) a aussi été considérablement réduit, de même que la taille de nos locaux.
Vous vous en doutez, tout ça n´a pas été facile à vivre pour nous, mais tant que l´esprit de Game One restait le même, on était prêts à s´accrocher et à faire le maximum, même avec trois bouts de ficelle, pour que cette chaîne qu´on a créée avec passion continue à vivre sans perdre son âme.
Mais avec le changement de financement, une nouvelle direction, issue de chez Infogrames, a pris la tête de Game One avec des objectifs résolument plus commerciaux...
Jusqu´à présent, la chaîne coûtait plus d´argent qu´elle n´en rapportait (contrairement à ce que beaucoup d´entre vous semblent croire), et le premier objectif était donc logiquement d´arrêter de perdre de l´argent.
Personnellement, je pensais qu´on pouvait réussir à conserver l´esprit de la chaîne, tout en exploitant un peu mieux son potentiel commercial, mais malheureusement la nouvelle direction, totalement inexpérimentée en matière de télévision avant son arrivée à Game One, néglige le contenu de la chaîne et préfère tourner ses efforts vers ce qu´elle connaît bien : le marketing et de la pub.
La réduction considérable du budget peut justifier l´arrêt de certaines émissions, mais les choix "artistiques" qui ont été fait jusqu´à présent (arrivée d´animateurs totalement étrangers au monde du jeu vidéo, arrêt de Dawa, BD One, Mémoire Vive, ou Cinematek) sont en totale contradiction avec l´esprit d´origine de la chaîne, ce qui a entraîné le départ de Jean-Pat, notre directeur des programmes.
Pour caricaturer on peut dire que le projet artistique de la nouvelle direction pour Game One se limite à quelque chose du genre "Une chaîne pour vous les D´jeunz´ , avec des sports extrêmes et des blondes à poitrines extrême aussi", ce que l´équipe d´origine a toujours voulu éviter à tout prix...
Là évidemment vous allez dire que j´exagère et c´est vrai, (mais à peine), n´empêche qu´aucune nouvelle émission n´a vu le jour depuis l´arrivée de la nouvelle direction, à moins qu´on accepte de qualifier d´ "émission" la grosse bouse insipide baptisée "Ciné One" venue remplacer le "Cinematek" de notre ami Jean Buisson (qui nous manque lui aussi !).
Et d´après ce que j´en sais, ce qui se prépare après notre départ ne vaut guerre mieux, mais j´attends de voir avant de critiquer, même si le fait de faire passer une audition à Kenza, Kimi ou Christophe du loft, montre à quelle point la nouvelle direction a à cœur de satisfaire avant tout les fans de jeux vidéos que vous êtes.
Mais le plus grave, c´est la menace que fait peser cette nouvelle politique commerciale sur l´indépendance éditoriale de la chaîne...
Le fait que Bruno Bonnel, notre "patron", soit un éditeur de jeux amène évidemment à se poser des questions sur l´indépendance de la rédaction vis à vis des jeux Infogrames... Bruno Bonnel "big boss" de Game One, c´est un peu comme si monsieur Peugeot ou monsieur Wolkswagen dirigeaient une chaîne consacrée aux tests de voitures !
Au démarrage de la chaîne, Infogrames a été relativement fair-play et n´a jamais fait pression pour que ses jeux soient mis en avant plus que d´autres, ou soient mieux traités.
Mais les choses ont changé avec le départ de Canal Plus et l´arrivée de la nouvelle direction, qui a une forte tendance à surprotéger les jeux Infogrames et à les mettre en avant dès que possible...
Si on peut fermer les yeux sur les multiples rediffusion du making-off de "Tintin objectif aventure", qui n´est pourtant pas le jeu du siècle, on ne peut en revanche pas accepter que certains textes, comme celui de Splashdown, soient réécris par le nouveau rédacteur en chef de Game One, en vue d´atténuer ou de supprimer toutes les critiques que le journaliste portait initialement dans son texte.
Personnellement, je ne peux pas non plus accepter que mon Level One sur "Tintin objectif aventure", évidemment fort peu flatteur à l´égard de cette lamentable daube, soit retiré de l´antenne après quelques diffusions. Je considère qu´en temps que journaliste spécialisé mon devoir est de vous informer et de vous mettre en garde contre les jeux très médiatisés qui ne valent pas le coup d´être achetés, ce qui est le cas de la plupart des "Tintin", "Lucky Luke" et autres Schtroumpfs de chez Infogrames (et je précise que je n´ai rien "à priori" contre cet éditeur, capable par ailleurs de réaliser de très bons jeux comme "Une faim de loup", ou "Alone in the dark 4" ).
Soyons clair, la nouvelle direction de Game One, connaissant mes principes, n´a jamais osé faire pression sur moi pour que je dise du bien d´un jeu, mais je considère que retirer de l´antenne une émission dans laquelle un journaliste déconseille l´achat d´un jeu, c´est mentir par omission.
Et de la censure à la pression il n´y a qu´un pas, que, j´en suis sûr, la nouvelle direction de Game One n´hésitera pas à franchir avec nos successeurs, qui, quelque soit leur honnêteté, ne seront pas en mesure d´imposer leur point de vue.
Même si ces dérapages sont rares, il suffit qu´ils se produisent une fois pour décrédibiliser tout le reste de mon travail : si vous apprenez qu´un journaliste vous a menti ne serait-ce qu´une fois à propos d´un jeu, vous vous demanderez toujours ensuite si il vous dit la vérité ou non.
Au delà du cas particulier des jeux Infogrames, le système de marketing mis en place par la nouvelle direction est la porte ouverte à ce genre de dérapages :
Car les jeux Infogrames ne sont pas les seuls à être mis en valeur pour des raisons financières (ça finirait peut-être par se voir un peu trop !)...
La chaîne propose désormais aux éditeurs qui le désirent, moyennant finance bien entendu, de mettre en avant leurs produits au sein même des émissions de la chaîne...
En plus des "jeux concours" et autres outils promotionnels habituels, le "pack promotionnel" de Game One propose à l´éditeur la réalisation d´un Level One sur son jeu, accompagné d´ un test en trois ou quatre parties afin de lui garantir plus de passages à l´antenne et donc plus de visibilité.
Pour éviter que ce système soit trop voyant, le jeu "XXX" est présenté dans le cadre de la Gamezone comme "le coup de coeur de la semaine de la rédaction", mais les encarts publicitaires "La Gamezone vous est présentée par le jeu XXX", sont mis en place la semaine d´après ou la semaine d´avant.
Dans ces conditions, impossible de "vendre" un test à un éditeur, tout en conservant l´objectivité rédactionnelle du test. Les textes sont de toute façon soumis à l´approbation du rédacteur en chef ("rédacteur en chef", qui, au passage, n´a jamais travaillé dans aucun organe de presse, mais occupait auparavant un poste de chef de projet chez Infogrames), et au besoin censurés ou réécrits.
Les "réunions de rédaction" à Game One ont lieu en présence du directeur du marketing, qui fixe les priorités pour les émissions en fonction des accords marketing passés avec les éditeurs.
Le choix des sujets de la Gamezone et de ses semaines "coup de cœur" (Shaun Palmer, Wipeout, Red Faction, la X-Box, etc.) s´effectuent donc désormais fréquemment en fonction des marchés passés avec les éditeurs de jeux, et non plus en fonction des goûts ou des attentes de la rédaction et du public.
Jusqu´à présent, les accords marketing portaient la plupart du temps sur de bons jeux (Splashdown, Burnout, Red Faction, Wipeout, etc), qui auraient effectivement pu être soutenus "naturellement" par la rédaction, mais ce système est la porte ouverte à tous les abus.
Les exemples de dérapages sont rares, mais ils existent : récemment la diffusion du Level One sur le médiocre Ballistix a été décalée pour ne pas contrarier une opération promotionnelle, le Level One sur l´exécrable Salt Lake 2002 a été retiré de l´antenne après quelques diffusions, et Mad Dash ou Herdy Gerdy ont été mis en avant dans la Gamezone alors qu´ils étaient fort peu appréciés de la rédaction.