Citation :
En fait, ce film n'est pas incohérent, mais il parait incohérent! Nuance. Ce n'est pas parce qu'il est incompréhensible qu'il n'a pas de sens et qu'il n'y a rien à comprendre...
Il faut penser à l'envers, c'est comme une équation, il faut partir de l'inconnue: quand quelqu'un se rase la moustache, on s'en aperçoit forcément; si ce n'est pas le cas ce n'est pas normal...
Il y a là un élément qui nous manque et qui permet de déformer le récit. Je vous pose la question autrement: qu'est-ce qui permet de déformer une histoire ?
La folie pourquoi pas, mais je penche pour le rêve, tout simplement.
La folie n'explique pas tout (le lacet, Hong Kong, la carte postale d'Hong Kong).
Il y a des éléments narratifs trés subtils qui soulignent le fait qu'il rêve: le récit est rythmé par des fondus au noir trés doux qui s'accordent avec l'univers du rêve. Le film commence à Hong Kong, si, si, rappellez vous le générique de début est sur fond d'eau... Le dernier plan du film est un plan du héros qui se réveille...
Bon voilà, le film est en "2 parties", la première à Paris, la deuxième à Hong Kong.
En fait tout n'est qu'un rêve jusqu'à la fin où Marc se réveille.
C'est l'histoire d'un type qui est parti en vacances à HK avec Agnès sa femme, ils habitent un petit hôtel tranquile, c'est leur dernier jour de vacances, elle le chambre avec sa moustache, elle aimerait le voir sans (ça le vieillit). Il la rase, elle le remarque et ils se couchent, il s'endort et rêve alors qu'il est à Paris- oubliant HongKong- et qu'un soir il se rase la moustache pour faire une blague et là sa femme ne s'en aperçoit pas, et ses amis non plus comme dans les rêves bizarres où on est mal à l'aise, tout est pareil mais pas pareil:
-inversé (elle aime le foot et lui offre une veste hideuse sachant que généralement les femmes ont plus de goût que leurs maris...). - cauchemardesque (le dîner chez l'ex de sa femme, où en plus ce dernier raconte une anecdote personnelle datant de leur relation, ce type est vraiment la figure de con qu'on aimerait boxer)...
-encore du cauchemar: il apprend la mort de son père (qui dans la réalité n'est pas mort).
-absurde: il n'est jamais allé à Bali ! Pourtant il en a des souvenirs et même des photos où il est moustachu (car dans la réalité ils ont dû y partir avec Agnès en vacances une année).
Là c'est trop, quelque chose cloche, c'est un cauchemar! Fuyons! Comme à l'accoutumée dans les rêves à la con, il part en chaussettes sous la pluie, il ne sait pas où aller mais il sait qu'il faut sortir de cet enfer, finalement où çà? A Hong Kong! Pourquoi HK et pas Bornéo? hé bien comme quand nous sommes prisonniers d'un cauchemar, il tente de trouver une sortie, il ne réalise pas qu'il rêve, et quelque chose lui dit d'aller là-bas, la clé est là-bas...une fois arrivé vous remarquerez qu'il savait (sans savoir) où il allait. Presque "machinalement" il se rend à l'hôtel, il y a une drôle d'impression, il attend que quelque chose se passe, il écrit une carte qu'il ne poste pas (la carte est importante elle permet de determiner plus tard s'il rêve encore ou non). Le lendemain rien ne s'est produit, il rentre...et puis il a l' intime conviction que non, la sortie n'est pas loin, il le sent...il erre alors dans le ferry comme dans un labyrinthe, comme dans un rêve où on rentre chez soi, on cherche sa porte d'entrée...et elle n'y est pas! On a beau passer et repasser...pas moyen!
Finalement, fatigué il trouvera un endroit où s'arrêter...pourquoi cet hôtel, pourquoi là précisément?
2e Partie
Là il faut remarquer que jusqu'à présent il était vétu d'une chemise blanche et de sa veste affreuse, et d'un coup on le retrouve en rouge et surtout moustachu! En fait à partir de là il est toujours dans le rêve mais ce n'est plus un cauchemar, les choses s'améliorent, le troublent mais semblent naturelles et reprennent leur place peu à peu, pourquoi? Parce que petit à petit il se réveille, les événements révés sont ceux de la journée passée, la veille de son départ d'Hong Kong, reste la carte qui le chagrine, elle est la preuve qu'il rêve toujours, elle est le seul lien avec son cauchemar parisien, et il la jettera à la flotte comme on jette pour se débarrasser, genre "c'est fini je ne veux plus y penser", on se rapproche du moment où tout a débuté, c'est-à- dire le couché et les eaux troubles du sommeil et des rêves dans lequel on voit la carte "se noyer" et où Marc se réveille...
Voilà, en fait c'est une histoire simple, un mec qui rêve un rêve tordu, mais tout l'intérêt est dans le fait qu'on ignore que c'est un rêve et qu'à la fin, contrairement aux américains on suggère la solution, plutôt que de faire dire au héros :" God bless América, it was a dream!"
J'ai beaucoup apprécié, je ne me suis pas ennuyé, moi aussi j'ai été décontenancé par l'histoire, mais ce que j'aime dans ce film qui tient de Mulholland Drive, c'est la subtilité de la "solution" et le fait qu'elle ne soit pas livrée facilement, qu'il ait fallu réfléchir...
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