bonjour,amis lecteurs
venez ici parlez des livres de SF-fantasy que vous appreciez
tout d'abord c'est quoi la fantasy?
Ecrire, lire de la fantasy
Entrons en matière par l'une des critiques les plus cinglantes qu'ait jamais reçu la fantasy et qui condense tous les reproches communément émis à l'encontre de la fantasy :
" La fantasy continue aujourd'hui encore à véhiculer des inepties sur la terre plate ou creuse, les continents engloutis de Mu et de l'Atlantique, les fées, les gnomes, les sorciers, les dragons. C'est là même sa première propriété d'être écrite puis lue par des gens qui n'ont pas eu le besoin, voire, peut-être hélas, l'occasion d'acquérir la moindre bribe de savoir : une littérature faite par des ignorants et dont le niveau de problématique est nul. La lecture de cent oeuvres de fantasy n'apporterait aucune forme de culture, même littérairement ultraspécialisée, parce qu'elles font à peu près toutes dans la répétition. Elles sont interchangeables." (Gérard Klein, historien de la SF, directeur de collection)
Qu'en est-il vraiment? La fantasy est-elle à ce point "irrécupérable" ?
La fantasy, une littérature à part entière
On accuse bien souvent - comme d'autres formes de littérature populaire, dite "de gare" aussi - la fantasy de ne proposer que des histoires mièvres et détachées de la réalité, des histoire merveilleuses qui ne peuvent convenir qu'aux enfants. Le fait que le merveilleux s'y trouve ne signifie pas que ces oeuvres soient de facto "puériles". Dans un pays aussi rationaliste et élitiste que la France, la fantasy n'a pas bonne presse et c'est avec un handicap certain qu'elle doit conquérir l'estime de tous, et, tâche extrêmement ardue, celle des critiques. Les auteurs de fantasy sont essentiellement considérés comme des scribouillards qui écrivent des pavés insipides pour des raisons purement pécuniaires. Certes, s'ils écrivent, c'est en partie pour vivre, mais ce n'est certainement pas leur unique source de motivation - J.R.R. Tolkien voulait lui fonder une mythologie pour l'Angleterre, mais tous ne sont pas comme lui. Cependant on peut noter que les oeuvres relevant du réalisme magique et à sa suite de la fantasy urbaine, véhiculent le plus souvent un message, portent un regard critique sur notre société - sous des apparences de légèreté souvent trompeuses. Le réalisme magique s'attaque par exemple aux problèmes faisant suite à la décolonisation ; le dernier livre de Neil Gaiman, American Gods, met en scène les anciennes déités en lutte avec celles, nouvellement établies, de la bourse et de l'internet. Mais plus généralement la fantasy s'intéresse aux thèmes universels de l'humanité, profondément ancrés dans notre inconscient : la mort, la trahison, l'amitié, la résistance face à l'adversité...
Il ne faut certes pas se cacher le fait que la fantasy recèle de nombreux écrits inintéressants et tout à fait indigestes - ce qui se retrouve à chaque niveau de la littérature d'ailleurs... Voulant profiter du succès phénoménal et mérité du Seigneur des Anneaux, nombreux ont été ceux qui, éditeurs comme auteurs, trouvèrent là un bon filon et se lancèrent donc dans la fantasy, mais rares ont été à l'origine d'innovations dans un genre qui s'est peu à peu enlisé, dans les années 80 particulièrement (mais il ne faut pas oublier certaines oeuvres marquantes comme celles dues à Ursula Le Guin et à Michael Moorcock). Ce phénomène a longtemps pesé sur l'ensemble de la fantasy et sa réputation n'est point encore complètement "lavée".
Mais des oeuvres qui tel le Seigneur des Anneaux ont requis des années de recherches, d'écriture puis de révisions, on ne peut pas les juger sans valeur et ce sans le moindre appel. Quoiqu'en dise Gérard Klein, beaucoup d'auteurs ont étudié la littérature, la langue (Tolkien était philologue à Oxford est-il nécessaire de le rappeler ?), l'Histoire,... afin de proposer plus tard des histoires crédibles et riches. Ces auteurs se sont imprégnés du fonds historique, social, culturel par soucis d'exactitude. On peut citer l'exemple de Mary Gentle qui a non seulement étudié la littérature anglaise mais a aussi appris le maniement de l'épée. Pour la plupart d'entre eux - en tout cas pour les seuls auteurs intéressants, c'est-à-dire ayant une certaine valeur littéraire - chaque livre est le fruit d'un travail minutieux qui prend plusieurs années, mais un travail qui se voit récompensé par un accueil favorable tant de la part du lectorat que de ses pairs. Ainsi les livres qu'a publiés Peter S. Beagle sont rares (on en compte huit à ce jour, le premier étant paru en 1960) mais toujours très attendus.
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La position ambiguë voire hypocrite des critiques littéraires vis-à-vis de la fantasy
On peut noter aussi que des oeuvres françaises - non étiquetées "fantasy", mais faisant appel au merveilleux de telle sorte que cela puisse être considéré comme de la fantasy - sont plébiscitées par la critique alors que cette dernière tombe littéralement sur tout ce qui revendique cette étiquette "fantasy". L'exemple le plus flagrant est sans doute les oeuvres relevant du réalisme magique qui sont primés de par le monde. En attendant le vote des bêtes sauvages d'Ahmadou Kourouma s'est vu décerné le Prix Inter en 1999. James Blaylock, en passant à des parutions en littérature générale a soudainement été célébré comme le " meilleur des nouveaux fabulistes américains ". Le prix britannique Booker récompense assez souvent de tels auteurs (Ben Okri, A.S. Byatt). Des oeuvres de fantasy sans en porter l'étiquette à chaque fois... Situation paradoxale, surtout quand on se souvient du jugement porté sur le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien à sa parution : " Les universitaires et les critiques avaient, au début, admiré ses livres, en établissant des influences littéraires qui s'étendaient de Buchan [1] (l'héroïsme, les poursuites, l'éloge de l'amitié) à Beowulf, depuis la Chanson des Nibelungen au Voyage du Pèlerin [2]. Par la suite, avec l'immense popularité que les livres avaient suscitée, on dénonça l'histoire comme une fantasy se complaisant dans l'évasion de la réalité, son succès attribué avec entêtement à une "adulation irrationnelle" et à un "phénomène culturel et social parfaitement étranger au domaine de la littérature". Des tentatives pour faire rentrer de force l'histoire de Tolkien dans le cadre étriqué d'une allégorie contemporaine se firent jour aussi. Durant les années cinquante, les critiques en étaient certains, Sauron était en réalité Joseph Staline et en tâtonnant, le vaillant Frodon représentait le monde occidental." (Magazine Time, 17 septembre 1973)
Confusion avec le réel ?
Il n'est pas rare de voir la fantasy dénigrée parce que ses livres pourraient amener ses lecteurs à confondre fiction et réalité [3]. En fait, les lecteurs parfaitement sains d'esprit n'accordent pas plus de crédit aux romans de fantasy que ne le font les enfants vis-à-vis des contes - quand bien même ceux-ci demandent à leurs parents " est-ce que c'est vrai ?" [4]. La fantasy n'a jamais prétendu se substituer à la réalité, pas plus que constituer un refuge à cette dernière.
La fantasy, une littérature d'évasion
La fantasy fait partie du domaine de la littérature d'évasion. Evasion n'a jamais été synonyme de fuite en avant, mais on fait du mot "évasion" un terme généralement négatif. Ce que critique vivement J.R.R. Tolkien : s'échapper d'un univers qui peut paraître oppressant n'est pas de la désertion, mais plutôt semblable à l'évasion d'un prisonnier. La fantasy se place dans ce dernier cas mais cette évasion va au-delà de cet aspect comme le note Tolkien, apportant au lecteur un plaisir intense [5].
S'il y a volonté de la part d'une oeuvre de fantasy de vouloir se substituer aux contraintes du réel, ce n'est jamais que temporaire. Lire de la fantasy n'épargne pas des tracas de la vie quotidienne "par magie", et le lecteur sait parfaitement que ceux qu'il a laissé avant de prendre son livre seront encore bien présents après l'avoir reposé, et qu'il devra toujours y faire face. Cet aspect des choses est commun à toute la littérature et dépasse le cadre de la seule fantasy ainsi que le suggère Mircea Eliade dans Aspects du Mythe : " On devine dans la littérature, d'une manière plus forte que dans les autres arts, une révolte contre le temps historique, le désir d'accéder à d'autres rythmes temporels que celui dans lequel on est obligé de vivre et de travailler. " Quelque chose que l'on semble retrouver dans les évocations bucoliques de la Comté de Tolkien, une société préindustrielle, une nostalgie de l'Âge d'Or, de cette ère avant la Chute en quelque sorte, thème récurrent de l'humanité depuis l'Antiquité. On peut sans doute voir la fantasy comme manquant de fond par rapport à la science-fiction. Mais là où la SF s'interroge sur l'innovation technologique, et ses conséquences éthiques, sociales ou politiques - et ayant assez souvent pour cela recours à des dystopies et autres visions pessimistes, voire apocalyptiques de l'avenir -, la fantasy propose un réenchantement de notre monde moderne que l'on dit désenchanté. C'est avant tout cela que l'on attend de la fantasy : le dépaysement, que ne peut nous apporter la littérature actuelle, tout du moins une partie des livres s'en réclamant, ce qu'illustrent les propos de Jean-Marie Rouart de l'Académie française en opposant Tolkien à Houellebecq : " Tolkien est un anti-Houellebecq. Ce dernier nous montre notre réalité quotidienne réduite à l'os, dépoétisés et même déromancée. Car le roman c'est justement ce jeu poétique entre la réalité et la fiction qui ajoute une part de magie. La littérature d'aujourd'hui, réaliste, qui se livre à des constats, à des enquêtes plutôt qu'à des inventions, des réorchestrations ou des visions n'est-elle pas de ce point de vue en recul sur le plan de l'imaginaire ? Avec le retour de Tolkien dont le succès brave tous les ukases de la littérature expérimentale ou minimaliste, le romanesque prend sa revanche. [...] Les écrivains après nous avoir un peu trop considérés comme des adultes à qui il faut apprendre les dures réalités de la vie et sa crudité quotidienne vont peut-être enfin nous considérer comme des enfants qui cherchent moins à savoir mais à rêver ou alors à savoir mais en rêvant." (Le Figaro littéraire, " Le retour au merveilleux ", décembre 2001)
La fantasy, une littérature pour les déçus de la vie ?
Il est cependant bien trop facile de voir dans le lecteur de fantasy une personne qui, déçue par ce qu'est en mesure de lui offrir la réalité, n'en attendrait plus aucune satisfaction et se tournerait par conséquent vers la fantasy dans le but d'y trouver cette satisfaction qui lui fait défaut. Certes, l'homme moderne supporte difficilement de ne pas toujours pouvoir maîtriser sa vie comme il le souhaiterait; les personnages de fantasy, les paradigmes héroïques de ses livres, qui peuvent accéder à un destin grandiose, répondent d'une certaine manière à ce sentiment de manque chez lui [6].Mais, en lieu et place de rêves éveillés, de fantasmes conscients - marque des personnes à l'imagination trop étroite que ces chimères incessantes et stériles empêchent d'évoluer, d'avancer dans la vraie vie - on trouve en lisant de la fantasy ce qui peut donner espoir et force en vue d'affronter l'adversité de la vie; ainsi que le dit Bruno Bettelheim, " toute expérience, quelle qu'elle soit, affecte toujours les divers aspects de la personnalité d'une façon globale. Et l'ensemble de la personnalité pour pouvoir affronter les tâches de la vie, a besoin d'être soutenue par une riche imagination mêlée à un conscient solide et à une compréhension claire de la réalité " (Psychanalyse des Contes de Fées). La fantasy, reflet de nos peurs et de nos aspirations, n'a pas d'incidence négative chez une personne stable. Bien au contraire. Comme le disait l'écrivain argentin Jorge Luis Borges de la littérature fantastique - prise dans une acceptation large - elle " a recours à la fiction non pour fuir la réalité mais, au contraire, pour en exprimer une vision plus profonde et plus complexe."
Conclusion
Le lecteur de fantasy a sans doute conservé - délibérément ? - une part importante de son âme d'enfant, sans doute plus que d'autres, mais la fantasy n'infantilise en aucune manière que ce soit. Mais, comme toute forme de littérature, il ne faut pas perdre de vue que la fantasy, par-delà de toute autre forme de considération, est un divertissement. Cela constitue la satisfaction première que l'on en tire; ce qui n'empêche pas, au-delà, cette littérature d'être profondément en prise avec le réel : " Au-delà de l'agrément, de la curiosité, de toutes les émotions que nous donnent les récits, les contes et les légendes, au-delà du besoin de se distraire, d'oublier, de se procurer des sensations agréables et terrifiantes, le but réel du voyage merveilleux est, nous sommes déjà en mesure de le comprendre, l'exploration plus totale de la réalité universelle." (Pierre Mabille, Le Miroir du Merveilleux)
[1] : John Buchan (1875 - 1940), écrivain, avocat et homme politique anglais. Il fut Gouverneur général du Canada de 1935 à 1940.
[2] : Le Voyage du Pèlerin de John Bunyan (1628 - 1688), écrivain anglais. Cet ouvrage constitue un chef d'oeuvre de la littérature religieuse.
[3] : Certains faits divers tragiques ont défrayés la chronique et marqué bon nombre d'esprits, suite au coup de folie ou au suicide de - rares bien heureusement - personnes adeptes des jeux de rôle ou vidéos , dont les enquêtes ont par la suite montré la fragilité psychologique. Il ne faut donc pas incriminé pour cela jeux de rôles ou vidéos, ceux-ci n'ayant été que l'élément déclencheur - mais ils en auraient parfaitement trouvés d'autres - sur un sujet déjà psychologiquement instable. Il en va de même pour la littérature de l'imaginaire, tout excès n'étant conséquent qu'à un état au préalable fragilisé de la personne.
[4] : J.R.R. Tolkien, Faerie, " Du conte de fées ", repris par Bruno Bettelheim dans Psychanalyse des Contes de Fées : " Le plus souvent, ce que veut dire l'enfant quand il demande "Est-ce que c'est vrai ?" c'est "J'aime bien cette histoire, mais est-ce qu'elle se passe aujourd'hui? Est-ce que je suis en sécurité dans mon lit?" La seule réponse qu'il souhaite entendre est la suivante : "il n'y a certainement plus de dragons en Angleterre aujourd'hui !" Et Tolkien continue : "Les contes de fées se rapportent essentiellement non pas à une possibilité mais a une désirabilité ". " Ce que J.R.R. Tolkien illustre par ses propres souvenirs où, lorsqu'enfant, il désirait les dragons " d'un désir profond. Bien sûr, je ne souhaitais pas, moi, dans mon corps timide, en avoir dans le voisinage, s'intégrant dans mon univers relativement sûr, dans lequel on pouvait, par exemple, lire des histoires, l'esprit en paix, à l'abri de toute crainte. Mais le monde qui contenait la seule imagination de Fafnir était plus riche et plus beau, au prix de quelque péril que ce fût. " (J.R.R. Tolkien, ibidem)
[5] : J.R.R. Tolkien, Du Conte de Fées :
Mais il est d'autres formes d'" évasion " plus profondes qui se sont toujours montrées dans le conte de fées et la légende. I1 est d'autres choses à fuir, plus sinistres et plus terribles que le bruit, la puanteur, la nature impitoyable et l'extravagance du moteur à explosion. Il y a la faim, la soif, la pauvreté, la douleur, le chagrin, l'injustice, la mort. Et même quand les hommes n'affrontent pas de telles rigueurs, il existe d'anciennes limitations dont les contes de fées offrent une sorte d'évasion, et d'anciens désirs et ambitions (touchant aux racines mêmes de la fantaisie) dont ils offrent une sorte de satisfaction et de consolation. [...]
Mais la " consolation " des contes de fées a un autre aspect que la satisfaction imaginative d'anciens désirs. Bien plus importante est la Consolation de la Fin Heureuse. J'oserais presque affirmer que tout conte de fées complet doit en comporter une. Je dirai du moins que la Tragédie est la véritable forme du Théâtre, sa fonction la plus élevée; mais le contraire est vrai du Conte de fées. Puisqu'il apparaît que nous n'avons pas de mots pour exprimer ce contraire, je l'appellerai l'Eucatastrophe. Le Conte eucatastrophique est la véritable forme du conte de fées, et sa fonction la plus élevée.
La consolation des contes de fées, la joie de la fin heureuse, ou plus correctement de la bonne catastrophe, le soudain " tournant " joyeux (car il n'y a de véritable fin à aucun conte de fées) : cette joie, qui est l'une des choses que le conte de fées peut produire suprêmement bien, n'est pas essentiellement " d'évasion ", ni " de fuite ". C'est, dans son cadre du conte de fées - ou d'un autre monde -, d'une grâce soudaine et miraculeuse : sur la récurrence de laquelle on ne peut jamais compter. Elle ne dénie pas l'existence de la dyscatastrophe, de la peine et de l'échec : la possibilité de ceux-ci est nécessaire à la joie de la délivrance; elle dénie (en dépit de maintes preuves, si l'on veut) la défaite universelle finale et elle est, dans cette mesure, un evangelium, donnant un aperçu fugitif de la Joie, une Joie qui est au-delà des murs de ce monde, aussi poignante que la douleur. C'est la marque d'un bon conte de fées, de l'espèce la plus élevée ou la plus complète, que, quelque extravagants que soient ses événements, quelque fantastiques ou terribles ses aventures, il peut donner à l'enfant ou à l'homme qui l'entend, quand le " tournant " vient, un frisson, un battement et une élévation du coeur proches (ou même accompagnés) des larmes, aussi aigus que ceux que peut donner aucune forme de l'art littéraire et doués d'une qualité particulière. "
[6] : Mircea Eliade analysait ainsi l'impact qu'avaient les héros de comics sur les gens ; il voyait ces héros des temps moderne comme le pendant de leurs aînés mythologiques ou folkloriques. Le parallèle peut être fait avec les héros de fantasy. " Si l'on va au fond des choses, le mythe du Superman satisfait les nostalgies secrètes de l'homme moderne qui, en se sachant déchu et limité, rêve de se révéler un jour un " personnage exceptionnel ", un " héros ". " (Aspects du Mythe, " Mythes et mass-media " )
Les Different style de fantasy:
Heroic fantasy, encore appelé Sword and sorcery :
L'heroic fantasy, avant tout, met en scène un héros, de toute extraction sociale possible exceptées les plus hautes strates de la société. L'intrigue se focalise autour de lui. L'heroic fantasy a pour cadre un monde secondaire, totalement séparé du nôtre (au mieux, il lui est parallèle comme dans le multivers de Michael Moorcock), que ce soient des contrées mythiques comme l'Atlantide ou un monde propre à l'auteur, mais toujours un univers très fortement inspiré du Moyen-Âge européen. Le héros - qui ne semble guère vieillir - ne se repose que sur son force physique et son courage pour mener à bien ses aventures qui le voient affronter sorciers, dragons,... maléfiques qui, à la différence du héros, tirent leur puissance de forces surnaturelles. On peut voir l'heroic fantasy avec ces personnages au caractère bien trempé, bravaches, ou parfois rusés, comme l'héritière des romans de cape et d'épée. L'heroic fantasy propose ainsi des romans d'aventure qui n'a d'autre but que de divertir son lecteur.
Le terme d'heroic fantasy a été forgé par L Sprague de Camp pour qualifier l'oeuvre de R.E. Howard ; Fritz Leiber avait, quant à lui, inventé l'expression Sword and Sorcery qui est devenu peu à peu synonyme d'heroic fantasy (dans l'acceptation étroite qui est faite ici ; mais certaines personnes, de la vieillle garde, utilisent le terme d'heroic fantasy pour désigner ce que nous désignons par fantasy). Les premiers récits relevant de l'heroic fantasy parurent dans les années trente dans les pulps (magazines américains imprimés sur du mauvais papier, qui publiaient du fantastique, de l'heroic fantasy, de la science-fiction... avant la Deuxième Guerre et l'avènement du livre de poche). On peut citer ainsi : The Worm Ourouboros de E.R. Eddison, Cycle de Barsoom de E.R. Burroughs, Conan de R.E. Howard, Cycle des Epées de Fritz Leiber et Jiriel de Joiry, oeuvre ayant pour personnage principal une guerrière éponyme, la première du genre, que l'on doit à C.L. Moore.
Après guerre le genre connaîtra certaines évolutions comme avec Michael Moorcock dont Elric, anti-héros, est l'image complètement renversée du héros d'heroic fantasy tel qu'il était jusqu'alors : faible physiquement, albinos, nécromant...
L'humour devient plus présent, et les héros qui jusque-là ne comptaient que sur leur propre vaillance, apprennent à s'entraider et à faire des compromis. Après les cycles de high fantasy c'est l'un des genres les plus populaires aujourd'hui de la fantasy, Conan et ses compagnons ayant été tirés de l'oubli lors du succès du Seigneur des Anneaux dans les années soixante, d'une manière qui n'a pas toujours été au bénéfice de l'heroic fantasy. On pensera à certains navets cinématographiques...
Exemples :
-> Livres : Conan de R.E. Howard, Le Cycle d'Elric de Michael Moorcock, Le Cycle des Epées de Fritz Leiber...
-> BD : La Geste des Chevaliers-Dragons d'Ange et Varanda, Légendes des Contrées Oubliées de Ségur et Chevalier...
-> Films : Conan de John Milius...
High fantasy :
L'histoire, en high fantasy, est traitée avec un certain manichéisme dans sa représentation de la lutte du Bien contre le Mal, ce dernier finissant toujours par être vaincu, aussi puissant qu'il puisse paraître au début (et ce après pas mal de tomes reprocheront certains...). Une prophétie peut servir assez souvent de mécanisme narratif. Le canevas classique est la quête initiatique du jeune garçon promis à un grand destin - ou dont l'ascendance prestigieuse sera révélée -, que se voit entouré par un groupe d'aventuriers qualifiés (le vieux sorcier bien sympathique, le rusé de la troupe, etc). Ici plus qu'ailleurs peut-être on affectionne les longs cycles ce qui permet les mondes secondaires amoureusement dépeints par leurs auteurs - avec force cartes et arbres généalogiques au besoin - où l'on croise des civilisations non-humaines (elfes, naines, etc.), le développement psychologique, le recours à un grand nombre de personnages et d'intrigues secondaires. L'histoire se place le plus souvent au niveau des dynasties régnantes - dont le jeune héros fait le plus souvent parti en fin de compte, ou, en tous cas, évoluant au sein de cet univers; les mariages dynastiques sont l'occasion de sceller des amitiés et/ou régler certains problèmes. L'atmosphère est plus féerique que ce n'est le cas pour l'heroic fantasy qui se concentre, quant à elle, sur les scènes de combat (mais place est laissée aux scènes de bataille bien sûr en high fantasy).
Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, à défaut d'être peut-être l'oeuvre fondatrice de ce courant, est en tout cas la référence en la matière (il est amusant de remarquer que cette oeuvre se démarque quelque peu de la définition de la high fantasy de par une "anti-quête" et l'ambivalence des personnages), et nombreux sont ceux qui en fantasy aujourd'hui se réclament de Tolkien. Katherine Kurtz, avec ses intrigues politiques, dynastiques, a oeuvré aussi à l'établissement de ce courant mais certains font remonter la high fantasy à Lord Dunsany . Aujourd'hui la high fantasy constitue une part majeur de ce qui se fait en fantasy, proposant de nombreux cycles (plutôt longs) dont le succès commercial ne se dément pas. D'où la dénomination de BCF - big commercial fantasy - que l'on doit au magazine Locus pour désigner ce sous-genre.
Exemples :
-> Livres : Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, Terremer d'Ursula Le Guin, Belgariade et la Mallorée de David et Leigh Eddings, La Roue du Temps de Robert Jordan, Les Chroniques de Krondor de R.E. Feist, Le Trône de Fer de George R.R. Martin, Les Arcanes des Epées de Tad Williams, La Tapisserie de Fionavar de Guy Gavriel Kay...
-> BD : Le Grand Pouvoir du Chninkel de Rosinsky et Van Hamme, La Quête de l'Oiseau du Temps de Loisel et Letendre...
-> Films : Willow de Ron Howard...
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Fantasy mythique :
Plus merveilleuse, plus proche du conte de fée et de la légende que les précédentes. Ce qui compte le plus, c'est sans doute moins l'intrigue ou les personnages que l'atmosphère, le monde de merveilleux, de légendaire qui y règne et berce le lecteur. On pourrait qualifier cette fantasy de contemplative. Ici se rencontrent souvent des variations modernes sur des contes, des légendes anciennes dont les auteurs ne gardent parfois que le ton, forgeant alors de nouveaux contes.
Exemples :
-> Livres : La Forêt des Mythagos de Robert Holdstock, Little Big de John Crowley, La Fille du Roi des Elfes de Lord Dunsany, Stardust de Neil Gaiman...
-> Films : Legend de Ridley Scott, Dark Crystal de Jim Henson...
Fantasy burlesque (ou light fantasy) :
Ayant recours à des procédés comme la parodie, par son ton léger et bien souvent humoristique, la fantasy burlesque n'hésite pas à secouer les canons de la fantasy, s'en prenant particulièrement à l'heroic fantasy. De la fantasy distrayante par excellence.
Exemples :
-> Livres : Les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, Lyonesse de Jack Vance, Les Livres magiques de Xanth de Piers Anthony...
-> BD : Lanfeust de Troy de Tarquin et Arleston, Les Chants d'Excalibur de Hubsch et Arleston..
-> Films : Sacré Graal de Terry Gilliam, Princess Bride de Rob Reiner...
Dark fantasy :
Il s'agit là d'une fantasy pessimiste, voire désabusée. Les rôles sont inversés par rapport à la high ou l'heroic fantasy ; c'est le Mal qui prend le dessus sur le Bien. La dark fantasy est une fantasy qui inclut des éléments d'horreur mais ça n'en devient pas pour autant de l'horreur. L'un des plus anciens auteurs de ce genre est Clark Ashton Smith qui faisait partie du cercle de Lovecraft, et a donc subit son influence pour les univers baroques et cauchemardesques.
Exemples :
-> Livres : La Tour Sombre de Stephen King, Thomas Covenant de Stephen Donaldson, Faerie de R.E. Feist, Zothique de C.A. Smith...
-> BD : Les Chroniques de la Lune Noire de Froideval et Ledroit, puis Pontel...
Réalisme magique :
Ce courant désigne d'abord un mouvement littéraire apparu en Amérique du Sud au cours du 20ème siècle - mais en fait la littérature fantastique sud-américaine, que l'on appelle réalisme magique, ne relève pas toujours, loin de là, de la fantasy; le fantastique le plus pur, horrifiant, y est bien présent. En réalisme magique, la magie est nettement plus subtile que dans les précédents cas de fantasy, l'auteur porte alors un regard émerveillé sur le monde qui l'entoure, univers où s'entremêlent, fusionnent monde réel et monde imaginaire. L'oeuvre, en réalisme magique, se concentre souvent moins sur un personnage en particulier que sur une contrée, un pays, qui, bien que parfaitement ancré dans la réalité - parfois la plus crue - voit le merveilleux opérer. Le réalisme magique est particulièrement présent dans les pays qui ont acquis leur indépendance au milieu du 20ème siècle, jusque-là sous la tutelle des puissances européennes (aussi bien dans le domaine politique qu'intellectuel) : Inde, Afrique noire... où modernité et tradition se mêlent. Le réalisme magique constitue ainsi souvent une littérature engagée, portant un regard critique sur la condition humaine et la société.
Le réalisme magique " est fondé sur une représentation à la fois subjective et objective du monde, une représentation dans laquelle la fantaisie et la réalité ne s'opposent pas mais, au contraire, composent un tout indissociable " (Julio Cortazar, écrivain argentin, 1914-1984)
Exemples :
-> Livres : Cents Ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez, Les Enfants de Minuit de Salman Rushdie, Le Djinn dans l'Oeil-de-Rossignol (dans le recueil du même nom) de A.S. Byatt, En attendant le vote des bêtes sauvages d'Ahmadou Kourouma...
Fantasy urbaine :
A pour cadre notre univers moderne où les êtres féeriques n'existent pas seulement dans les histoires que l'on lit aux enfants. Mais là où le fantastique crée la peur, la fantasy urbaine nous plonge doucement dans le merveilleux... L'auteur dévoile ainsi souvent un autre monde où se sont réfugiés les créatures féeriques et parfois les exclus de nos sociétés modernes.
On devrait plutôt l'appeler fantasy contemporaine - mais "fantasy urbaine" est semble-t-il l'expression consacrée - car bien que le ville soit le cadre privilégié de l'action, elle n'en est pas toujours l'unique. La fantasy urbaine subit progressivement l'influence du réalisme magique, qui lui apporte problématique et réflexion sur la société en divers domaines.
Exemples :
-> Livres : Neverwhere de Neil Gaiman, Cycle autour de Newford City de Charles De Lint...
-> Mangas : Kamikaze de Satoshi Sichi...
-> Films : Highlander de Russel Mulcahy...
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Science fantasy :
Étiquette utilisée avec plus ou moins de justesse par les éditeurs. Et pour cause : il n'est pas toujours aisé de la distinguer de la science-fiction, si ce n'est qu'elle a recours au merveilleux et pas seulement à la technologie qui est parfois réduite à la portion congrue. On y rencontre la plupart du temps des cycles planétaires mettant en scène des migrants humains débarqués sur une planète puis étant retournés à une époque médiévale.
Exemples :
-> Livres : Les Ballades de Pern d'Anne MacCaffrey, Le Cycle de Majipoor de Robert Silverberg, Dying Earth de Jack Vance...
Fantasy animalière :
La fantasy animalière, comme son nom l'indique, a pour héros des animaux anthropomorphes. Ces animaux "savants" sont issus de différentes espèces, vivant en bonne harmonie ou s'affrontant. Il y a focalisation interne : on adopte le point de vue des animaux. Contrairement à la fable, ils ne sont pas - de manière évidente ou insistante quand c'est la cas - des parodies des hommes. Mais l'allégorie est souvent présente.
Exemples :
-> Livres : Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame, Le Bois Duncton de W. Horwood, Rougemuraille de Brian Jacques (dont il a été tiré une série), Watership Down de Richard Adams...
-> BD : De Capes et de Crocs, d'Ayrolles et Masbou.
Fantasy historique ou uchronie :
Cela peut aller d'une Histoire inaltérée, mais où oeuvrent dans l'ombre des sociétés secrètes, où ont lieu des conspirations à grande échelle, à une Histoire alternative, où le cours de l'Histoire a été complètement changé à un temps donné, où le merveilleux, la magie existe au vu et au su de tous. Les périodes de prédilections sont l'Antiquité gréco-romaine, le Moyen-Âge européen ou chinois (les " chinoiseries " ), la Renaissance, la fin du XIXe siècle... Concernant cette dernière époque, on remarquera le cas où se rencontrent fantasy et steampunk dans un univers typiquement victorien.
Exemples :
-> Livres : Alvin le Faiseur d'Orson Scott Card, The Iron's Daughter de Michael Swanwick (steampunk-fantasy), Ptah Hotep de Charles Duits (l'Empire romain n'est jamais tombé et est perpétuellemenr décadent)...
Ghost story :
Une histoire de fantôme comme son nom l'indique, mais un fantôme à la personnalité bien définie - et pas seulement là pour épouvanter les passants - tient un rôle majeur dans l'intrigue.
Exemples :
-> Livres : Tamsin de Peter S. Beagle...
On pourrait encore évoquer d'autres distinctions. On se contentera de celles-ci pour le moment...
merci a elbakin.net pour se remarquable article
Message édité par Mr Vandemar le 10-09-2004 à 17:53:14
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