Chapitre 2: L'enfance: à l'éveil de la vie...
Je m’éveillais à nouveau, des courbatures parcouraient mon corps et mon esprit était encore préoccupé par d’étranges cauchemars. Des cris...des supplications...voilà tout ce dont je me souvenais. Je mettais cela sur le compte d’un délire dû à mon retour du rêve cristallin... enfin j’espérais qu’il en était ainsi.
Levant les yeux, j’aperçus pour la première fois Aldrassil et le spectacle m’envoûta. De grands hêtres au feuillage dense, mariant les teintes avec beauté, abritaient de nombreuses habitations qui se succédaient branches après branches. L’endroit rayonnait de magie, les moindres plantes, le moindre animal, sélénites et sangliers, champignons et nénuphars répondaient à l’équilibre. Malgré moi, je dus revoir ma position vis à vis du nouvel Archidruide, peut-être fallait-il mettre ses erreurs sur le compte de sa jeunesse. Je souris intérieurement en pensant à cela. Moi, druidesse à peine éveillée, critiquais un Archidruide de bien quatre siècles mon aîné.
J’emprunta la passerelle qui serpentaient autour des troncs et fut surpris de la jeune population qui vivait ici. De futures sentinelles, des chasseurs, des prêtresses d’Elune et d’autres serviteurs de Cenarius étudiaient en ces lieux. Je fis la connaissance de mon premier maître druidique. Ecoutant avec attention ses paroles, impatiente d’être guidée sur les chemins de Cenarius, je sus rapidement expulser la colère de la nature et en apprivoiser sa flore. Sans difficulté, je gravis les premiers échelons de la communauté et lorsque la neuvième écorce recouvrit ma peau, des questions s’imposèrent à mon esprit.
- Maître ?
- Oui, mon enfant ? me répondit-il.
Il avait fallu m’habituer à cette appellation.
« La naissance a toujours précédé l’enfance... »
- Je ressens la nature dans l’eau et dans la terre, des étoiles à la racine des plantes, mais je sens qu’il me manque encore quelque chose.
- Ah ? fit mon maître avec une feinte surprise. Et quoi donc ?
- La faune, maître, répliquais-je, les essences animales et les humeurs bestiales. Elles font parties, elles aussi, de l’équilibre et pour le moment, elles sont exclues de votre enseignement.
Le visage de mon maître s’éclaira illuminé par un sourire radieux.
- Bien ma fille, tu viens de faire un grand pas sur les sentiers tortueux de la nature. Cette réflexion te grandit, tu gagnes en maturité.
- A Darnassus, tu trouveras de nombreuses réponses car mon enseignement est terminé.
Mon corps se raidit à cette phrase et mon maître le sentit aussitôt.
- Ne juge pas trop vite les actions de certains, folles en surface, elles recèlent souvent en profondeur des sagesses cachées. Pars désormais, vit tes propres expériences sur les routes de Darnassus.
Je m’inclina poliment et descendis de l’arbre, troublée. Mon maître semblait approuver la création de Darnassus, que devais-je penser ? Bien sur la tentative d’Arbre Monde avait été désastreuse, mais la capitale avait peut-être désormais une place dans l’équilibre. Espérant de tout cœur qu’il en soit ainsi, je me dirigea vers la fameuse cité.
L’enchantement qui se dégageait d’Aldrassil était infime en comparaison de l’envoûtement de Darnassus. Je sus immédiatement que la ville était bénie par la nature lorsque j’aperçus des Anciens garder ses portes. Dans un craquement de bois familier, ils s’adressèrent à moi dans la langue de la nature, me souhaitant la bienvenue, calmant immédiatement mes craintes. Humblement, je les salua et aussitôt les esprits de la forêt et feux follets me rejoignirent. Dansant autour de moi avec bonheur, ils m’avaient reconnu comme disciple de la nature. J’interpella ces esprits un peu taquins et ils me dirigèrent vers l’enclave de Cenarius. Nous passâmes, au détour d’un bassin et par le quartier des artisans. Réflexion bassement matérielle mais non moins nécessaire, il fallait que je devienne l’apprenti de l’un d’eux, si je voulais gagner quelques pièces de cuivre et subsister. La communauté des Druides ne rémunérait pas ses membres malheureusement. Des treants patrouillaient dans les rues dallées tandis que des tigres à dents de sabres étendus paresseusement dans l'herbe se reposaient. Je parvins sur une petite place où les batiments qui me cernaient rassemblaient les plus fiers et puissants des maîtres elfiques.
- Bonjour, dis-je timidement en pénétrant dans la battisse de mes confrères.
- Bonjour jeune fille, me répondit-on.
Trois hommes étaient là. L’un rangeait dans une étagère de nombreux et étranges composants aux propriétés sûrement magiques. Les deux autres méditaient et je lus sur leur visage qu’ils m’attendaient, la nature les avait prévenus de mon arrivée ou peut-être était-ce les feux follets.
- Notre maître t’attend, il doit s’entretenir avec toi pour te mener vers Moonglade.
- Fandral Staghelm ? Demandais-je avec intérêt.
- Non, il n’est pas là pour le moment, il est parti s’entretenir avec Thyrande.
- Et, comme à son habitude, il risque d’être de mauvaise humeur à son retour, ajouta l’homme aux composants avec un sourire.
- Monte, Mathrengyl t’attend.
Je suivis son conseil, et emprunta une petite passerelle. Le Druide en question était le bras droit du nouvel Archidruide, un homme important dans le cercle de Cenarius. Progressiste, il aimait troubler les traditions de l’enclave.
- Tu t’apprêtes à faire connaissance avec l’esprit animal, me dit-il sans plus de formalité, je vais t’enseigner un sortilège un peu long et compliquer qui va te permettre de rejoindre le bosquet sacré des druides. La bas, tu rencontreras l’esprit du grand ours, n’oublie pas une chose la nature est capricieuse, on ne lui ordonne rien, on la conseille, on la séduit, on lui suggère ou on la flatte, ne commet pas d’erreur. Autre chose, les Taurens nous ont rejoins à la suite de Cenarius, ce sont nos amis, même si la méfiance subsiste encore pour certains de nos frères et sœurs.
J’inclina modestement la tête, mais intérieurement je me méfiais également d’eux. Je me concentra sur ma tâche et reproduit son sortilège. Je sentis mon esprit quitter mon corps et, l’espace d’un instant, emprunter une voix proche du rêve cristallin. La seconde suivante, je reposais dans les jardins de Remulos.
Le Grand Ours effleura de sa patte immatérielle les recoins de mon esprit. Il prit connaissance de ma conscience d’une simple caresse bienveillante. Puis s’adressa à moi en silence, sa voix se mêlant à mes pensées.
- Un étrange destin t’attend, Leäliabaray, difficile et ponctuée par les larmes, mais tu ne seras pas seule encore longtemps. Tu es prête à me recevoir. Désormais nos esprits seront unis, ma puissance t’habitera, mes forces et mes faiblesses, ensemble pour ta mission, car bientôt, LUI s’adressera à vous.
Mon corps se raidit quand nos esprits s’unirent et je fus parcouru de spasmes. Je laissa échapper un cri de douleur et aussitôt je sentis ma colonne vertébrale se courber, mes membres se rétrécir et gagner en musculature. Le bleu de ma peau disparu en un instant, laissant la place à un cuir épais recouvert par une dense fourrure sombre. Mon visage s’allongea et je perdis ma féminité ainsi que mon humanité. Des crocs saillaient désormais de ma gueule dont la puissance pouvait briser des rocs. De longues griffes menaçantes et terrifiantes remplacèrent bientôt mes doigts et mes ongles, j’étais devenu l’Ours. Pendant quelques instants, je ne bougea plus tentant de recouvrer ma respiration. La moindre fibre de mon corps ainsi transformée débordait d’énergie. Mon esprit était assaillit par de nouvelles sensations, mon odorat s’était développé et il me fallut plusieurs longues minutes pour maîtriser les instincts animaux qui m’habitaient.
J’écarta doucement mon esprit de celui de l’ours et retrouva ma forme originelle, j’avais besoin de faire le point avec moi-même, maintenant que je m’engageais aussi loin derrière Cenarius. Je pris le chemin autour du village de Nighthaven, parmi les arbres et aux abords du lac. Cette expérience me troublait, voir me terrifiait, la puissance acquise était phénoménale et je craignais qu’elle me submerge m’intimant des actions contraires à l’équilibre. Inconsciemment je redoutais également la douleur de la métamorphose.
L’esprit torturé, je poursuivis ma route jusqu’à parvenir au refuge des saisons de Stormrage. J’allais me recueillir devant cet endroit, espérant une réponse de l’Archidruide par delà le rêve, lorsque j’aperçus un Tauren qui s’apprêtait à profaner la demeure du dormeur. Sans le vouloir, ma conscience retrouva celle de l’ours, la métamorphose fut presque indolore, et je bondis à ses trousses. L’intrus se retourna et m’aperçut. En un instant, il prit la forme de l’ours à son tour et me fit face. Nous nous regardâmes une seconde, puis je me lança. Je ne put pourtant pas le frapper.
Mon esprit se sépara de mon corps pour rejoindre le rêve cristallin, à mes côtés, le Tauren m’accompagnait.
« Ainsi sont les enfants, cruels et aimants, joueurs et combatifs...»